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Loi HOGUET

Quand les conciergeries sont à la limite de la carte G

Conciergeries locatives : le flou juridique autour de la carte G persiste

Avec l’essor des locations de courte durée, un acteur s’impose progressivement dans le paysage immobilier : la conciergerie locative. Derrière cette appellation séduisante, un modèle économique en pleine expansion… mais encore juridiquement fragile. En cause : la question centrale de la carte professionnelle “gestion immobilière”, dite carte G, dont l’absence peut exposer certains opérateurs à des sanctions pénales.

Un marché en plein boom… et sous surveillance

Portées par des plateformes comme Airbnb, les locations meublées de courte durée ont explosé ces dernières années. Pour répondre à la demande des propriétaires, des sociétés de conciergerie proposent une prise en charge complète : création d’annonces, accueil des voyageurs, ménage, optimisation tarifaire.

Mais à mesure que ces services se professionnalisent, les autorités s’interrogent : à partir de quel moment une conciergerie devient-elle un gestionnaire immobilier ?

Carte G : une obligation légale clairement définie

En France, l’activité de gestion locative est strictement encadrée par la Loi Hoguet. Ce texte impose la détention d’une carte professionnelle — la carte G — pour toute personne qui :

  • gère des biens immobiliers pour le compte de tiers

  • encaisse des loyers ou des fonds

  • administre des contrats de location

  • utilise le mot "Gestion" dans ses services

Délivrée par les Chambres de commerce et d’industrie, cette carte suppose plusieurs garanties : assurance, compétence professionnelle et, surtout, une garantie financière destinée à protéger les fonds des clients.

« Toute personne qui se livre ou prête son concours, de manière habituelle, aux opérations portant sur les biens d’autrui […] doit être titulaire d’une carte professionnelle »


(Source : Loi n°70-9 du 2 janvier 1970, art. 1 – Legifrance)

Sans carte G : une ligne rouge souvent franchie

Dans les faits, de nombreuses conciergeries revendiquent un simple rôle de prestataire. Elles affirment ne fournir que des services annexes : accueil, ménage, assistance.

Cette position est juridiquement recevable… à condition de respecter une limite stricte : ne jamais intervenir dans la gestion financière ou contractuelle de la location.

Or, selon plusieurs analyses juridiques et contrôles de la DGCCRF, certaines pratiques posent problème :

  • perception indirecte des loyers via des plateformes

  • centralisation des paiements avant redistribution

  • gestion des conditions de location

Ces éléments peuvent suffire à requalifier l’activité en gestion immobilière.

Des risques pénaux bien réels

Le non-respect de cette réglementation n’est pas sans conséquence. La loi prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à :

  • 6 mois d’emprisonnement

  • 7 500 euros d’amende

Ces peines s’appliquent aux professionnels exerçant sans carte G alors que leur activité y est soumise.

 

Pour les propriétaires, les risques existent également : contrats fragilisés juridiquement, absence de garantie sur les fonds, difficultés en cas de litige.

Un cadre encore flou dans la pratique

Malgré un cadre légal ancien, l’application aux conciergeries reste sujette à interprétation. Le modèle hybride de ces entreprises — entre service hôtelier et gestion immobilière — complique la lecture du droit.

Certaines sociétés choisissent de se conformer strictement en obtenant la carte G. D’autres adaptent leur fonctionnement pour rester dans le champ du service pur. Mais une zone grise subsiste.

Vers un durcissement des contrôles ?

Face à la croissance du secteur, les autorités renforcent leur vigilance. La DGCCRF et les services fiscaux multiplient les contrôles, notamment dans les grandes villes où la location courte durée est fortement encadrée.

À moyen terme, plusieurs professionnels anticipent un durcissement de la réglementation ou des clarifications législatives spécifiques aux conciergeries.

Une profession à la croisée des chemins

Entre opportunité économique et risque juridique, les conciergeries locatives évoluent aujourd’hui dans un environnement incertain. La détention — ou non — de la carte G constitue un point de bascule déterminant.

Dans un marché en pleine structuration, la conformité juridique pourrait rapidement devenir un avantage concurrentiel décisif.

Sources

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